Si vous avez déjà eu l’impression d’être « à la traîne » financièrement en lisant des chiffres sur le patrimoine des Français, rassurez-vous : vous n’êtes pas seul. Entre les moyennes qui explosent à cause des ultra-riches, les écarts générationnels et les idées reçues, il est facile de se sentir perdu.
Dans cet article, on va poser les choses calmement : où se situe réellement le patrimoine financier moyen des Français, pourquoi les écarts entre générations sont si marqués, et surtout, quels leviers concrets vous pouvez actionner pour progresser, quel que soit votre point de départ.
Patrimoine moyen, patrimoine médian : où en sont les Français ?
Première étape : parler le même langage. Quand on parle de patrimoine, on parle de tout ce que vous possédez (actifs), moins ce que vous devez (dettes).
On distingue généralement :
- le patrimoine immobilier (résidence principale, locatif, terrain…)
- le patrimoine financier (livrets, assurance-vie, PEA, comptes-titres, épargne retraite, actions, obligations, etc.)
- le reste : véhicules, biens professionnels, objets de valeur…
Les dernières grandes enquêtes (Insee, Banque de France, etc.) montrent quelques grandes tendances très claires :
- Le patrimoine total moyen des ménages français est élevé, mais tiré vers le haut par une minorité de très gros patrimoines.
- Le patrimoine médian (la moitié des ménages au-dessus, la moitié en dessous) est nettement plus bas que la moyenne, ce qui donne une image plus réaliste.
- Le patrimoine financier
Pour vous donner des ordres de grandeur raisonnables, issus des dernières études disponibles :
- La valeur médiane du patrimoine total d’un ménage français se situe autour de quelques centaines de milliers d’euros (immobilier inclus).
- La part purement financière tourne, pour un ménage médian, autour de quelques dizaines de milliers d’euros (souvent entre 20 000 € et 60 000 € selon l’âge, la situation, les sources).
Vous trouvez ça flou ? C’est volontaire. Les chiffres exacts varient selon :
- la source (Insee, Banque de France, think tanks, banques privées…)
- la définition (inclut-on les livrets jeunesse, les contrats retraite, les comptes à l’étranger… ?)
- la période (avant ou après crise, inflation, variations de marché…)
Mais ce qui nous intéresse ici, ce n’est pas de débattre du chiffre au centime près, c’est :
- de savoir où vous vous situez à peu près
- de comprendre pourquoi les écarts sont si grands
- de voir comment progresser concrètement
Les grands écarts générationnels : pourquoi les jeunes partent avec un handicap (en apparence)
Quand on regarde le patrimoine financier moyen par âge, la courbe est très nette :
- les moins de 30 ans ont très peu de patrimoine (souvent quelques milliers d’euros, parfois moins)
- les 30-45 ans commencent à accumuler, surtout via l’épargne et parfois un début d’investissement
- les 45-60 ans voient leur patrimoine grimper fortement
- les plus de 60 ans concentrent une part très importante du patrimoine total français
Dit autrement : si vous avez 28 ans, que vous avez 5 000 € sur un Livret A et que vous tombez sur une statistique qui explique que « le patrimoine financier moyen des Français est de X dizaines de milliers d’euros », c’est normal que vous ayez l’impression d’être largué.
Il y a au moins quatre raisons principales aux écarts générationnels :
- Le temps de capitalisation : quelqu’un qui épargne et investit régulièrement pendant 30 ans aura mécaniquement plus de patrimoine que quelqu’un qui commence à 45 ans. Le facteur temps, en finance, est un allié redoutable… ou un ennemi, si on tarde trop.
- L’immobilier : les baby-boomers ont connu des prix d’achat beaucoup plus bas et des taux de crédit plus élevés, certes, mais avec de l’inflation forte qui a « effacé » leurs dettes en termes réels. Résultat : ils se retrouvent aujourd’hui avec des biens fortement valorisés.
- Les héritages et donations : ils arrivent souvent après 50 ans. Statistiquement, c’est après cet âge que le patrimoine « bondit » pour une partie des ménages.
- Le contexte économique : chômage, précarité, explosion des prix de l’immobilier pour les nouvelles générations… Le terrain de jeu n’est pas le même pour tout le monde.
La vraie question devient donc : non pas « suis-je en retard par rapport à la moyenne générale ? », mais plutôt « suis-je en ligne avec ce qu’on peut raisonnablement attendre à mon âge et dans ma situation ? »
De quoi est composé le patrimoine financier des Français ?
Une autre idée reçue : beaucoup imaginent que les Français sont massivement investis en Bourse. En réalité, nous restons très prudents (pour ne pas dire frileux).
Dans les grandes masses, le patrimoine financier des ménages français se répartit ainsi :
- Épargne de précaution : Livret A, LDDS, comptes courants bien (trop) remplis…
- Assurance-vie : en fonds en euros principalement, avec une part croissante en unités de compte (UC).
- Épargne retraite : PER individuel ou collectif, anciens contrats Madelin, PERP, etc.
- Épargne salariale : PEE, PERCO/PER d’entreprise, actions gratuites, intéressement/participation…
- PEA et comptes-titres : actions, ETF, obligations, etc., encore minoritaires dans la population globale.
Globalement, les Français :
- gardent une grosse part de leur patrimoine financier en produits sécurisés à faible rendement
- ont souvent peur des marchés (surtout après les krachs de 2000, 2008, 2020…)
- manquent parfois de diversification (tout sur le Livret A, tout sur un seul contrat d’assurance-vie, etc.)
La bonne nouvelle, c’est que petit patrimoine ne veut pas dire absence de marge de manœuvre. Au contraire : à ce stade, chaque décision a un impact proportionnellement énorme.
Pourquoi les écarts de patrimoine sont-ils si importants ?
On peut résumer les principaux facteurs d’écart par quatre grands « moteurs » :
- Le revenu : évidemment, à fortes ressources, capacité d’épargne potentiellement plus importante. Mais ce n’est pas le facteur le plus décisif, contrairement à ce qu’on croit.
- Le taux d’épargne : deux personnes avec le même salaire peuvent avoir des trajectoires patrimoniales radicalement différentes. Celui qui met de côté 15 % de son revenu, année après année, creuse un fossé avec celui qui épargne 3 %.
- Le choix des supports : laisser 30 000 € dormir à 1–2 % pendant 20 ans ou les investir sur des supports à 5–7 % de rendement annualisé, ce n’est pas du tout la même histoire.
- Le temps : commencer à 25 ans plutôt qu’à 40 ans, même avec des montants modestes, change tout à cause des intérêts composés.
Pour illustrer, voici un exemple volontairement simplifié (sans tenir compte des impôts ni des variations de marché) :
- Personne A commence à 25 ans et investit 150 € par mois à un rendement moyen de 6 % par an. À 55 ans, elle a versé 54 000 €. Le capital final dépasse les 150 000 €.
- Personne B commence à 40 ans avec le même effort d’épargne et le même rendement. À 55 ans, elle a versé 27 000 €. Le capital final peine à dépasser les 50 000 €.
Le même effort mensuel. Un départ plus tôt. Trois fois plus de patrimoine financier à la clé.
C’est ce genre de dynamique, répété à l’échelle d’une population entière, qui crée des écarts impressionnants dans les statistiques.
Se situer : comment lire les chiffres sans se décourager
La comparaison peut être un excellent moteur… ou un poison. Pour qu’elle reste saine, je propose une petite « méthode maison » que j’utilise souvent avec mes clients.
Plutôt que de se comparer à la moyenne brute, essayez ceci :
- Regardez ce qu’on peut attendre par tranche d’âge (les études Insee et Banque de France donnent souvent des chiffres par génération).
- Tenez compte de votre situation de départ : avez-vous été aidé par vos parents ? Avez-vous connu de longues périodes de chômage ? Un divorce coûteux ?
- Considérez surtout votre progression : votre patrimoine financier est-il plus élevé qu’il y a 12 mois ? De combien ?
Un patrimoine de 10 000 € à 27 ans, quand on est parti de zéro à 22 ans, peut être une très belle performance. À l’inverse, un patrimoine de 80 000 € à 50 ans peut être fragile si tout est sur des supports peu rémunérateurs et qu’aucune stratégie n’est en place.
La seule question qui vaille vraiment reste toujours la même : que pouvez-vous faire, à partir de maintenant, pour améliorer votre situation ?
Les leviers concrets pour faire progresser son patrimoine financier
Passons à la partie la plus intéressante : les actions concrètes. Peu importe votre point de départ, il existe quatre grands leviers sur lesquels vous pouvez agir.
Levier 1 : remettre de l’ordre dans son budget
Impossible de construire un patrimoine sans dégager une capacité d’épargne. C’est la base.
Si vous ne l’avez jamais fait, je vous invite à :
- Suivre vos dépenses pendant 2 à 3 mois (une appli bancaire suffit souvent).
- Identifier les postes compressibles : abonnements inutiles, restos trop fréquents, achats impulsifs…
- Fixer un taux d’épargne cible réaliste : 5 % pour démarrer, puis monter progressivement vers 10–15 % si possible.
Dans mon propre parcours, ce n’est pas lorsque j’ai augmenté mes revenus que mon patrimoine a vraiment décollé. C’est le jour où j’ai décidé qu’au moins 10 % de chaque euro gagné ne m’appartiendrait pas, mais appartiendrait à mon « moi futur ».
Levier 2 : automatiser l’épargne et investir régulièrement
L’erreur la plus fréquente que je vois : « j’épargnerai ce qu’il reste à la fin du mois ». On sait tous comment ça se finit.
À la place, le schéma le plus efficace est celui-ci :
- Virement automatique vers un compte d’épargne de précaution (3 à 6 mois de dépenses à terme).
- Virement automatique vers vos supports d’investissement (assurance-vie en unités de compte, PEA, PER, etc.).
C’est le principe du « payez-vous en premier ». Votre vous futur vous dira merci.
L’intérêt de l’investissement régulier, en plus, c’est qu’il :
- lisse les points d’entrée sur les marchés
- réduit l’impact émotionnel des baisses (on achète moins cher)
- transforme l’enrichissement en processus, pas en coup de chance
Levier 3 : passer des produits d’épargne aux produits d’investissement
Autre travers très français : tout laisser sur des supports ultra-sécurisés, donc faiblement rémunérés.
Les livrets réglementés et les fonds euros ont leur utilité, mais ils ne suffisent pas pour construire un patrimoine financier significatif sur 20 ou 30 ans, surtout avec l’inflation.
Pour un horizon long terme, il est souvent pertinent d’introduire une part de :
- ETF (trackers) via un PEA ou une assurance-vie : ils permettent de se diversifier très largement (monde, Europe, etc.) avec des frais limités.
- Unités de compte dans l’assurance-vie : OPCVM, supports immobiliers (SCPI, SCI, OPCI), fonds thématiques… à choisir avec prudence.
- PER pour la retraite, si vous avez une fiscalité suffisamment lourde pour que l’avantage fiscal ait du sens.
L’idée n’est pas de tout mettre en bourse du jour au lendemain, mais de trouver un équilibre cohérent entre sécurité et rendement, en fonction de :
- votre âge
- vos objectifs (retraite, achat immobilier, indépendance financière…)
- votre tolérance au risque
C’est exactement le genre de sujet où une simple heure de réflexion (ou d’échange avec un professionnel compétent) peut changer la trajectoire de votre patrimoine pour les 20 prochaines années.
Levier 4 : se former un minimum pour éviter les erreurs coûteuses
Vous n’avez pas besoin de devenir expert en finance pour gérer correctement votre patrimoine. En revanche, un socle de base fait une énorme différence.
À mon sens, tout Français devrait au moins comprendre :
- la différence entre épargne et investissement
- le principe des intérêts composés
- l’impact des frais sur la performance à long terme
- les grandes caractéristiques des enveloppes fiscales (assurance-vie, PEA, PER…)
Cela suffit déjà à éviter :
- les produits « miracles » à frais cachés
- les mauvais arbitrages dictés par la panique en période de baisse
- la paralysie (« je ne comprends rien, donc je ne fais rien »)
Un peu de lecture, quelques articles bien choisis, éventuellement un livre ou deux : l’investissement en temps est minime par rapport aux gains potentiels, financiers comme psychologiques.
Patrimoine financier : viser mieux que la moyenne, pas battre tout le monde
Pour terminer, je vous propose une petite réorientation mentale qui a beaucoup aidé certains de mes clients.
Plutôt que de vouloir :
- « faire mieux que les autres »
- ou « rattraper les baby-boomers »
essayez de viser :
- « faire mieux que ce que font en moyenne les ménages de ma catégorie »
- « faire mieux que ce que j’aurais fait si je n’avais rien changé »
Si la moyenne des ménages de votre âge et de votre profil a, mettons, 20 000 € de patrimoine financier, et que vous êtes aujourd’hui à 5 000 €, l’objectif n’est pas de vous flageller. L’objectif, c’est de mettre en place un plan qui vous amène, dans quelques années, à 25 000 €, puis 40 000 €, puis 60 000 €… en cohérence avec vos moyens réels.
Le patrimoine financier moyen des Français est un repère, pas un verdict. Il ne dit rien de votre histoire, ni de votre capacité à changer la suite.
Ce qui fera la différence, ce ne sont pas les chiffres dans un rapport officiel, mais :
- les décisions que vous prenez chaque mois
- votre régularité
- votre capacité à laisser le temps faire son travail
Et si vous ne deviez retenir qu’une seule chose de tout cet article, ce serait peut-être celle-ci : même de petits montants, investis intelligemment et régulièrement, finissent par peser lourd dans les statistiques. Pas celles de l’Insee. Les vôtres.

